Daphne Caruana Galizia : assassinée pour avoir dénoncé la corruption politique à Malte ? par Sonya V…

A Malte, dénoncer la corruption du pouvoir politique peut vous coûter la vie… L’assassinat de Daphne Caruana Galizia en octobre 2017 était sûrement un message envoyé à toute personne scandalisée par cette corruption sévissant dans les plus hautes sphères de la politique : si vous en savez trop et si vous parlez, nous vous ferons taire par tous les moyens !

 

Quand le harcèlement judiciaire ne suffit pas à faire taire les lanceurs d’alerte, l’élimination physique est le stade suivant. L’impunité des corrompus et des corrupteurs semble totale, et l’Union Européenne laisse faire…

 

Oui, l’UE laisse faire… et ne serait-ce pas d’ailleurs sa vraie nature ? Ne surtout pas lutter contre la corruption des personnels politiques, ne surtout pas résister aux pressions des lobbies les plus abjects, ne surtout pas lutter contre l’évasion fiscale et le blanchiment de l’argent sale via des « paradis fiscaux » situés au coeur de l’UE… et pour laisser ces pratiques en dehors des feux de l’actualité, ne surtout pas protéger les lanceurs d’alerte qui dénoncent les acteurs de tel ou tel scandale…

 

Daphne Caruana Galizia l’a payé de sa vie ; d’autres lanceurs d’alertes téméraires seront désormais plus facilement tués, juridiquement et financièrement (c’est plus discret…), par la directive « Secret des affaires » *

 

 

Daphne Caruana Galizia :

 

Daphne Caruana Galizia, la journaliste qui en savait trop

Une demi-heure avant son assassinat, Daphne Caruana Galizia dénonçait sur son blog la corruption au sein du gouvernement maltais. Aujourd’hui, des journalistes du monde entier poursuivent ses enquêtes. avec le #DaphneProjectForbidden Stories **

Brut – 20 avril 2018

 

 

Malte : Assassinat de la journaliste Daphne Caruana Galizia

L’Union européenne se dit horrifiée par l’assassinat d’une journaliste à Malte. Daphne Caruana Galizia était à à l’origine d’accusations de corruption contre le gouvernement de son pays dans le cadre des Panama Papers. La journaliste maltaise d’investigation vient d’en payer le prix… Daphne Caruana Galizia a été tuée par une bombe placée sous sa voiture. Ricardo Gutiérrez, Secrétaire Général de la Fédération européenne des journalistes, nous parle de l’affaire en direct de Bruxelles dans le « 64 minutes le monde en français » sur TV5MONDE.

TV5MONDE – 17 octobre 2017

 

 

Malte : Je suis Daphne – L’Effet Papillon – CANAL+

Partons donc à Malte, décidée à obtenir des réponses après l’assassinat de la journaliste d’investigation. Daphne Caruana Galizia. Cette blogueuse de 53 ans était l’une des rares sources d’information indépendante de l’île. Trafics illicites, pots-de-vin, comptes off-shore : elle collectionnait les scoops autant que les menaces de mort. Au printemps, le magazine Politico l’avait d’ailleurs classée parmi les « 28 personnalités qui font bouger l’Europe ». « Déranger » aurait été plus juste. Le 16 octobre dernier, la gêneuse a fini éparpillée façon puzzle. Les commanditaires courent toujours mais la société civile, elle, n’entend pas en rester là.

L’Effet papillon – 12 novembre 2017

 

 

 

Voir l’article de Miona, quelques mois avant l’assassinat de Daphne Caruana Galizia :

Malte : l’île où il fallait faire escale pour l’évasion, le blanchiment, la corruption… (Malta Files)

« Encore une fois, un paradis fiscal se fait épingler et les scandales pleuvent… C’est l’histoire d’une petite île qui favorisait l’évasion fiscale, permettait à l’argent de la corruption de circuler discrètement vers les corrompus (au plus haut niveau de la hiérarchie politique) et offrait ainsi un cadre propice au blanchiment de l’argent sale des criminels mafieux…

Ce paradis fiscal n’est autre que Malte, pays assurant la présidence du Conseil de l’Union européenne depuis janvier 2017… »

 

 

 

Secret des affaires vs liberté d’informer :

 

Extrait de «  La loi sur le secret des affaires est un danger pour nos libertés fondamentales  » – Libération – 21 mars 2018

« L’Assemblée nationale et le Sénat s’apprêtent à remettre en cause nos libertés fondamentales en votant, via une procédure accélérée, une proposition de loi portant sur le secret des affaires.

Ce texte, qui sera étudié en séance publique à l’Assemblée nationale le 27 mars et qui porte sur « la protection des savoir-faire et des informations commerciales non divulgués contre l’obtention, l’utilisation et la divulgation illicites », est la transposition d’une directive européenne adoptée en 2016 malgré les mises en garde des ONG, des syndicats, des journalistes, des chercheurs et l’opposition massive des citoyens. Cette directive a été élaborée par les lobbys des multinationales et des banques d’affaires qui souhaitaient un droit plus protecteur pour leurs secrets de fabrication et leurs projets stratégiques, alors que le vol de documents et la propriété intellectuelle sont déjà encadrés par la loi. »

Extrait de « Le parti de M. Macron impose le secret des affaires, qui restreint la liberté d’informer » – Reporterre – 29 mars 2018

« Julie Pecheur relève dans le texte trois menaces principales. D’abord, « l’inversion de la charge de la preuve » : désormais, ce sera au journaliste ou au lanceur d’alerte incriminé de justifier de sa qualité, et donc de sa légitimité. Or, comme le soulève Francis Chateauraynaud, chercheur à l’EHESS (École des hautes études en sciences sociales) à l’origine du terme de « lanceur d’alerte »à la fin des années 1990, « les gens ne se sentent pas légitimes pour lancer l’alerte ». De sorte que seuls quelques professionnels de la parole, à l’instar du journaliste de « Cash Investigation » Édouard Perrin, mis en cause dans l’affaire des LuxLeaks, pourraient résister à la pression juridique.

Ensuite, toutes les personnes souhaitant diffuser des informations devront « prouver qu’ils agissent dans l’intérêt général ». Or, ladite notion demeure des plus floues. Seuls les tribunaux commerciaux auront la possibilité de la définir, au cas par cas. Un précédent litige augure des procès à venir : en janvier dernier, le tribunal commercial chargé du conflit entre Conforama et le magazine Challenges, qui avait révélé les difficultés financières du groupe, avait tranché en faveur du premier, arguant que l’article de Challenges n’ayant pas été repris dans les autres médias, il ne correspondait pas à l’intérêt général.

Enfin, « les lanceurs d’alerte n’obtiendront de protection que s’ils révèlent des pratiques illégales ». Dès lors, qu’en est-il des pratiques certes légales, mais moralement répréhensibles, à l’exemple de l’évasion fiscale révélée par les LuxLeaks ?

« Les gouvernants se sentent de plus en plus en insécurité. C’est pourquoi ils cherchent à cadenasser les canaux de communication »

Obstacles et restrictions au droit à l’information s’accumulant, « les lanceurs d’alerte [comme les autres sources d’information] s’exposeront encore plus à des poursuites judiciaires au caractère clairement dissuasif », explique Antoine Deltour. Lui-même sait de quoi il parle : depuis juin 2014, il a dû débourser plus de 70.000 euros pour assurer sa défense. « Si j’avais dû financer moi-même ma défense, j’aurais dépensé tous mes revenus », convient-il. Une pression financière qui s’ajoute au « combat long et usant » que représente un procès. « On ne voit que le droit, et non la mise en œuvre du droit », s’agace Francis Chateauraynaud. Le sociologue déplore particulièrement les stratégies judiciaires des grands groupes, qui n’hésitent pas à multiplier les retards pour gagner du temps… et faire perdre de l’argent au lanceur d’alerte. Francis Chateauraynaud fulmine : « Est-ce qu’on veut une démocratie qui rétablisse les faits cinq, dix ou vingt ans plus tard ? »  »

ACRIMED :

Loi sur le secret des affaires : ne laissons pas les entreprises et les banques d’affaires imposer la loi du silence !

Extrait de «  Secret des affaires : la loi des plus forts » – Libération – 18 avril 2018

« C’est une proposition de loi d’initiative parlementaire, portée par le groupe LREM, et non pas un projet de loi gouvernemental, qui se charge de traduire en droit français la directive européenne ratifiée en juin 2016, fissa d’ici juin 2018. Mais nul ne s’y trompe, nonobstant l’urgence. C’est à Emmanuel Macron qu’un collectif d’associations, de syndicats, d’ONG, de sociétés de journalistes (dont celle de Libé) s’est adressé lundi, dans un courrier titré : « Monsieur le Président, refusez que le secret ne devienne la règle et les libertés des exceptions. » Dans la missive, ce rappel historique : en janvier 2015, sous couvert de loi Macron (il était alors ministre de l’Economie), il était déjà question d’introduire par la bande le secret des affaires. Face à la polémique, Macron avait fait machine arrière, proclamant sur Twitter ses amours pour la liberté d’expression. Un répit de courte durée. »

 ** Forbidden stories :

L’affaire des passeports maltais

Elle enquêtait sur des passeports maltais achetés à plus d’ 1 million d’euros. 5 mois avant sa mort, Daphne Caruana Galizia dévoilait des e-mails troublants. Des journalistes du #DaphneProject poursuivent son investigation. Voilà comment.

Brut – 18 avril 2018

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