Opération anti-migrants des Identitaires dans les Alpes : pendant ce temps-là, Collard et Mélenchon s’écharpent à l’Assemblée… par Darth Walker dimanche 22 avril 2018

21 avril 2018, jour anniversaire d’un certain 21 avril 2002… Les Identitaires, habitués aux actions « coup de poing », n’ont pas fait les choses à moitié pour faire parler d’eux. Ils ont mis les plats dans les grands, et engagé le fer avec le gouvernement. Celui-ci va-t-il réagir ? Et avec quelle force ? Après l’évacuation de Notre-Dame-des-Landes, va-t-on assister à une autre évacuation, autrement spectaculaire, en plein coeur des Alpes ?

Samedi matin, une centaine de militants de Génération Identitaire (le mouvement de jeunesse des Identitaires) ont pris position au col de l’Echelle, culminant à 1.762 mètres à six kilomètres de la frontière italienne. Ce col des Hautes-Alpes est emprunté par les migrants cherchant à passer en France.

L’endroit est devenu un « point stratégique de passage des clandestins » depuis plusieurs mois. Génération Identitaire entend « veiller à ce qu’aucun (d’entre eux) ne puisse rentrer en France« , a expliqué à l’AFP un porte-parole, Romain Espino.

Ce dernier dénonce « un manque de courage des pouvoirs publics » car « avec un petit peu de volonté, on peut contrôler l’immigration et les frontières« .

 

Le groupe de militants, qui réclame « le blocage définitif » de ce col, compte majoritairement des Français, mais aussi des Italiens, Hongrois, Danois, Autrichiens, Anglais et Allemands.

Démonstration de force

Après avoir gravi en raquettes le col enneigé, les activistes ont matérialisé une « frontière symbolique » avec du grillage de chantier pour « notifier » aux migrants « que la frontière est fermée et qu’ils doivent rentrer chez eux ».

Macron refuse de sécuriser la frontière : nous allons lui prouver qu’avec de la volonté, c’est possible. Plutôt que de débloquer des fonds pour les centres d’accueil de clandestins, ce sont les budgets de la Police Aux Frontières qui devraient être musclés.#StopMigrantsAlpes pic.twitter.com/Wa8PcfSEre

— Clément Galant (@clementgalant) 21 avril 2018

Une banderole géante, déployée à flanc de montagne, relaie ce message en anglais :

Vous ne ferez pas de l’Europe votre maison !

You will not make Europe home !

En direct de l’opération #StopMigrantsAlpes : des militants identitaires barrent la route aux migrants clandestins qui passent par le Col de l’échelle ! pic.twitter.com/oJf0330rum

— Clément Galant (@clementgalant) 21 avril 2018

Deux hélicoptères affrétés par Génération Identitaire survolaient le site samedi à la mi-journée.

Depuis ce matin, nos hélicoptères patrouillent pour repérer les migrants clandestins au col de l’échelle !#StopMigrantsAlpes pic.twitter.com/f60YUvwvi4

— Clément Galant (@clementgalant) 21 avril 2018

Selon certains journalistes, un avion pourrait bientôt s’ajouter aux hélicoptères…

Les Identitaires n’ont, semble-t-il, pas l’intention de quitter les lieux : une équipe de nuit a pris place en fin de journée au col de l’Echelle :

Depuis ce matin, des militants identitaires gardent la frontière au col de l’Echelle : ils sont en train d’être relayés par l’équipe de nuit ! #StopMigrantsAlpes pic.twitter.com/d2QEdbxxaF

— Clément Galant (@clementgalant) 21 avril 2018

24h/24, ils veulent empêcher tout migrant de passer la frontière. Simple coup de pub (dont les Identitaires sont coutumiers) ou réelle détermination ?

Face à l’abondance de moyens déployés par le groupuscule d’extrême droite, une question se pose : qui a financé l’opération ?

Le coût de l’opération « Alpes Defend Europe » est estimé au minimum à 30.000 euros par les organisateurs, financé, disent-ils, « sur fonds propres des militants, avec des parrains et des donateurs ».

Voici le communiqué qu’a publié Génération Identitaire pour rendre compte de son action :

« Pitres dérangés » vs « Trouillard péteux »

Cette opération contre la venue des migrants a fait réagir sur les bancs de la gauche, dans l’hémicycle de l’Assemblée, en plein débat prolongé sur le projet de loi asile-immigration.

Samedi soir, Jean-Luc Mélenchon a interpellé le ministre de l’Intérieur pour savoir ce que le gouvernement comptait faire pour rétablir l’autorité de l’Etat. Gérard Collomb a condamné « les gesticulations » de Génération Identitaire, assurant que « l’ordre républicain » régnait en France.

Le leader de la France Insoumise s’est adressé directement à Gilbert Collard dont il accuse « les amis » d’avoir mené l’action. « Ces gens (Le Front national) ont créé une telle ambiance de suspicion que voilà cent de leurs partisans qui se sentent autorisés à la frontière à repousser dans la neige de pauvre gens qui s’y trouvent », a déploré le député des Bouches-du-Rhône.

Ce qui a lui a valu cette réponse « aérienne » de l’allié de Marine Le Pen : « Il y a très longtemps que vous planez. Moi je n’ai pas d’hélicoptère, mais vous alors, qu’est-ce que vous pouvez avoir comme hélice », a lancé l’avocat.

Le député de la France Insoumise Eric Coquerel a, lui aussi, interpellé le ministre de l’Intérieur, dénonçant « une milice d’extrême droite (…) actuellement en train de faire la police des frontières dans les cols alpins » :

Un peu plus tard, Jean-Luc Mélenchon a une nouvelle fois apostrophé Gérard Collomb sur la nécessité d’intervenir contre les groupuscules d’extrême droite comme Génération Identitaire, « des pitres et des gens dérangés », jugés « dangereux » pour les Français, les migrants et les responsables politiques.

Avant lui, la députée socialiste Laurence Dumont avait regretté le refus de l’Etat de mettre fin à l’opération de Génération Identitaire en estimant que « nous ici on bataille contre les propos xénophobes du FN, eux, passent à l’acte sur le terrain ».

Sentant son camp visé, Gilbert Collard a contre-attaqué en lançant qu’il condamnait « toutes les milices, y compris les milices morales, les milices obsessionnelles de gauche qui ne cessent dans un tic verbal répétitif comme le tic-tac d’une horloge de parler de xénophobie, d’extrême droite… »

Raillé par Jean-Luc Mélenchon de l’autre côté de l’hémicycle, l’avocat a vu rouge :

« Je vais vous dire une chose, M. Mélenchon. J’ai reçu un cocktail molotov moi, je n’ai pas pleuré. Vous vous en foutez. Il n’y a que votre tête qui compte ! » « Un individu a été condamné à deux ans de prison pour avoir menacé de venir m’égorger chez moi. Et vous vous êtes tu ! Trouillard ! Péteux ! »

La ministre auprès du ministre de l’Intérieur, Jacqueline Gourault, a assuré que « les services de l’Etat (étaient) pleinement mobilisés pour assurer l’ordre public au col de l’Echelle ». Sur place, aucune force de l’ordre n’était visible samedi après-midi.

« Ignominie », « mal incarné », « honte »…

L’action des jeunes identitaires a été saluée par des représentants du Front national, comme Stéphane Ravier, mais aussi, c’est à noter, par un jeune élu des Républicains, Charles Aslangul :

Mais aussi par les journalistes de BFM TV Bertrand Hadet, Alexandra Gonzalez et Audrey Szebesta :

Quant à Alexandre Hervaud (Libération), il a opté pour un tweet sarcastique, avec une image du film de zombies Dead Snow. L’homme s’était rendu célèbre peu après l’exécution du père Jacques Hamel, le 26 juillet 2016 dans une église de Saint-Etienne-du-Rouvray, en postant un tweet où il suggérait que le prêtre supplicié était pédophile : « dans le but d’apaiser les tensions entre communautés, j’espère que les deux assaillants étaient deux anciens scouts abusés par le prêtre ».

L’humoriste d’origine iranienne Kheiron a également exprimé son dégoût devant l’action des identitaires, estimant que la France ne leur appartenait pas, que nous appartenions tous à la Terre, et qu’il fallait accueillir les migrants :

Depuis un an, les Hautes-Alpes connaissent un afflux exponentiel de migrants, essentiellement d’Afrique de l’Ouest. Selon la préfecture, 315 personnes en situation irrégulière ont été refoulées vers l’Italie en 2016 et 1.900 en 2017.

Reconnaissant que la pression migratoire reste « forte » à la frontière franco-italienne, le ministre de l’Intérieur Gérard Collomb s’est inquiété vendredi soir à l’Assemblée de la poursuite de la coopération franco-italienne avec la montée des populismes en Europe.

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