FMI : Tous aux abris ! par GéraldCursoux

Le FMI a publié deux chiffres (18 avril in Fiscal Monitor, repris dans Le Monde du 23/4) devant lesquels on ne devrait pas rester indifférent, car l’avenir y est inscrit en lettres majuscules et en corps gras : La dette mondiale publique et privée est de 164.000 milliards de dollars (md$) ; cette dette représenterait 225% du PIB mondial, évalué à 73.000 milliards $.

On sait que ces chiffres doivent être pris avec des marges d’erreur (n.c.), mais lorsqu’on les rapproche ou les exprime en tendances ils traduisent assez bien la réalité (à défaut de mieux). Il est pertinent de rapprocher l’endettement mondial de la croissance du PIB, celle-ci dépendant largement de celui-là :

Si l’on retient un accroissement du PIB mondial de 3%, et un service de la dette de 2% on peut méditer sur ces deux chiffres :

–– 3% de PIB = 2.190 md$.

–– 2% de dette = 3.280 md$.

C’est-à-dire que le retour global sur investissement (public et privé) est négatif :

–– perte : – 1.090 md$.

On peut jouer avec ces chiffres, augmenter le premier et baisser le second, mais il n’en reste pas moins vrai que pour avoir l’équilibre, avec un taux de croissance du PIB mondial de 3% il faut un taux sur la dette de 1.34% – et si on reste sur un taux d’emprunt à 2%, la croissance du PIB mondial doit atteindre 4.5% !, ce qui est hors d’atteinte en prenant en compte les contraintes environnementales (ressources naturelles, pollutions, décisions de la COP21). Bien évidemment dans ce schéma il n’y a aucun amortissement de la dette pour la partie publique (la plus importante), celle-ci continuant d’ailleurs de croître chaque année dans des conditions aussi tendues, car il n’y a pas d’autre façon d’assurer les fins de mois que de recourir aux marchés ; lorsqu’un prêt arrive à maturité, un autre prêt le remplace aussitôt. La seule variable d’ajustement c’est le taux ! (Pour les particuliers, il y a également la durée, notamment dans l’immobilier).

C’est la singularité économique de notre époque : que l’on soit keynésien ou pas, libéral ou anti, social ceci ou cela, anticapitaliste ( !), force est de constater que le navire prendra l’eau dès que les taux frémiront à la hausse. Et les taux devraient augmenter en fonction de ce risque qui est interne au système (risque systémique !) : la crise économique accompagne la crise financière. Quand le taux d’imposition global atteint des sommets comme en France, et qu’une large part de l’IRPP est affectée au service de la dette, juger la situation critique relève de l’euphémisme…

Mais de même que les arbres ne montent pas jusqu’au ciel, la dette ne peut croître indéfiniment : l’inflation est le seul remède – avec son abandon par le prêteur ou le défaut de paiement – pour la ramener à un montant supportable, c’est-à-dire cohérent avec le PIB. Ce n’est que l’application du darwinisme à la monnaie… une façon d’évacuer la mauvaise monnaie, de dégonfler les « bulles ». L’inflation est en embuscade derrière ce chiffre : – 1.090 md$ ? La seule question pertinente est donc : quand ?

L’autre conclusion est celle-ci : on a augmenté la masse monétaire, mais celle-ci n’a pas été assez bien utilisée pour créer suffisamment de richesse. A qui la faute ? N’y aurait-il pas parmi les multiples causes un effet de la concentration de richesse dans le « 1% des plus riches » ? Et on fait quoi pour dégonfler cette bulle du « 1% des plus riches » (patrimoines et revenus) ? Attend-on la prochaine guerre mondiale ? (cf. : Piketti).

 

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