Banlieue blues par Amaury Grandgil

J’aime bien la banlieue, j’y ai passé un peu de mon enfance. Bien sûr elle a changé, terriblement mais elle est encore un peu là, les gosses dégourdis, la gouaille, l’insolence des affreux jojos et leur sens de la formule. Les archipels de béton recelaient à l’époque des endroits presque aussi mystérieux que les planètes psychédéliques que le commandant Koenig et ses cosmonautes exploraient chaque semaine dans « Cosmos 1999 ». C’était aussi le même décor désolé entourant John Steed et Emma Peel dans « Chapeau melon et bottes de cuir ».

 

Parfois un cirque s’arrêtait entre la grand route et les immeubles, et c’était la jungle en traversant la route, j’étais heureux et n’en voyait pas les côtés minables. Je ne voyais pas non plus la précarité autour de nous, les pauvretés, les difficultés de mes parents. J’étais complètement indifférent aux origines de mes amis, je le suis toujours. Un de mes meilleures amis s’appelait Mehdi. Pas de blues en banlieue donc, c’était ma première terre sainte.

 

A tel point que je rêve d’y habiter de nouveau, oui même maintenant. Car j’y suis chez moi…

 

…Pourtant la banlieue c’est moche, c’est gris, c’est triste pour ceux ne sachant pas y voir de la poésie, comme Tardi dans ses dessins, ou Vautrin dans quelques unes de ses histoires. « Billy ze kick » avec sa Zazie « punk » c’était en banlieue…

 

…Par contre, lorsque je lis les propositions du plan Borloo, les mêmes aveuglements, les mêmes errements que depuis une éternité, je me demande si celui-ci y a jamais mis les pieds en dehors de quelques bureaux officiels. On y parle discrimination positive, quotas, toutes les erreurs déjà commises en fait, de ce genre de sottises qui jetteront encore plus de suspicion sur les jeunes des « quartiers ». Car ils seront constamment suspects de favoritisme.

 

Bien entendu, la question principale, la plus importante, n’est jamais abordée frontalement, à savoir une immigration totalement incontrôlée et les années 70 et 80 sans se soucier de l’intégration de ces populations en France ensuite, sans se soucier de les aider à accéder à la citoyenneté de manière harmonieuse voire en les encourageant à haïr ce pays grâce à un masochisme mémoriel constant que l’on retrouve à droite mais dans l’autre sens.

 

Dans les deux cas, les radicaux, les violents, les haineux, ont déjà gagné, sans combattre.

 

Dans les deux cas, de Renaud Camus aux chrétiens de gauche on considère les jeunes maghrébins incapables d’excellence. Ce qui est faux, il suffit de se rappeler des initiatives, trop rares, comme celles de Cécile Ladjali…

 

L’inertie, l’hypocrisie n’ont certes pas tout remporté. Bon gré mal gré une petite bourgeoisie « issue de la diversité » s’est dégagée peu à peu des « quartiers », autant d’alibis pour les bons apôtres. La preuve que l’intégration est une réussite, tous ces petites bourgeois, leur ressemblant, à la peau plus mate que la leur. Si ces bourgeois pédagogues habitent dans les « cités » ? Ils ne sont quand même pas dingues à ce point là, ils ne sont pas fous. Ils ne vont encourager leur progéniture à étudier dans les lycées professionnels non plus, par contre les enfants « issus de la diversité » c’est parfait pour eux…

 

Quand le chômage est revenu à la suite des deux crises pétrolières, qu’il est devenu structurel, personne ne s’est vraiment inquiété de savoir comment ces personnes allaient vivre maintenant que les français « souchiens » se contentaient dorénavant des boulots réputés dégradants qu’ils abandonnaient aux étrangers peu avant sans plus de scrupules…

 

Confrontés à un impératif de survie immédiate dans un pays qu’ils ne reconnaissent pas comme étant le leur dans leur grande majorité, ceux-ci ont hélas choisi les pires moyens, dont divers trafics. Ces trafics marchent bien puisqu’ils permettent à de nombreuses ZAC (zone d’action commerciale) de faire des affaires…

 

…On peut aussi tenter la méthode Coué/Borloo, ça fonctionnera peut-être.

 

Sic Transit Gloria Mundi, Amen

Amaury – Grandgil

 

illustration empruntée ici

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