CAP Satan par C’est Nabum

Le développement harmonieux de nos cités

Orléans fut en un temps pas si lointain la ville qui imposa le modèle des hypermarchés à sa périphérie. Ce fut un tel succès que ces maudites zones commerciales enlaidirent les abords de toutes nos grandes villes, l’effet tâche d’huile sans doute, les élus n’aiment rien tant qu’imiter le pire chez leurs voisins. Nous n’avons pas de quoi être fiers de ce modèle qui se répandit ainsi comme une traînée de poudre aux yeux.

Puis, le succès fut tel que naquirent les franchises, si peu franches du collier, que l’uniformité devint la règle. Partout les mêmes boutiques au même décor insipide et aux produits tous identiques. Des clones, des consommateurs compulsifs poussant caddies, dans une foule de leurs semblables, se sont fixés comme ligne de conduite d’envahir ces endroits les dimanches et jours de fête, les soirs en nocturne et à n’importe quel autre moment du jour et bientôt de la nuit, transformant par leur seule faute, des employés fort mal payés, en esclaves de leurs caprices.

Arriver dans une grande ville, c’est supporter désormais le spectacle affligeant, navrant, de centres commerciaux tous pareils, avec galeries marchandes, officines douteuses de restauration standardisée, chaînes d’une hôtellerie impersonnelle et autres boutiques, passées à la photocopieuse. Tout ceci ne serait pas dramatique, chacun peut se fourvoyer comme il l’entend si nos centres villes n’avaient subi de plein fouet cette folie destructrice.

Nos braves élus qui ne comprennent jamais rien quand il est encore temps, s’imaginaient sans doute pouvoir ainsi récupérer des emplois, des dessous de table, se faire payer de temps à autre un joli rond point (oui c’est ainsi que certaines dérogations s’obtiennent) et obtenir un « partenariat financier » pour leur grand club. Au royaume des margoulins, tout est possible , y compris le permis de bâtir de complaisance ! Ils découvrirent un peu tard que leur centre historique se vidait désespérément, d’autant plus rapidement d’ailleurs que s’y garer devenait impossible.

Certains n’ont sans doute pas retenu la leçon ! Une grande Métropole, appellation nouvelle dans ce pays qui a fait tourner la tête de son président et des vingt vice-présidents nécessaires au bon fonctionnement de ce monstre administratif (à moins que ce ne soit pour calmer les gourmandises des uns et des autres) a autorisé l’agrandissement d’une zone commerciale déjà tentaculaire. Cap Satan la bien nommée vient une fois encore donner un coup de poignard dans le dos aux braves petits commerçants qui curieusement continuent stupidement de voter pour ces gens-là !

Je vous ferai grâce des âneries qui attireront les gogos. Inutile de chercher quelques magasins originaux, un véritable restaurant de tradition française, des produits issus de l’artisanat. Tout est dans le moule, avec des origines lointaines, des stratégies commerciales agressives, des facilités de crédit qui mettront bientôt de nouvelles victimes de l’illusion bancaire sur la paille. C’est le royaume de l’abrutissement avec des écrans, de la musique, des lumières pour priver le futur acheteur de ses dernières parcelles de lucidité.

Tout cela c’est le modèle voulu par nos élus. C’est le monde selon le billet vert ou le royaume du découvert. La victoire du libéralisme sauvage et inhumain. Et pour en ajouter une couche, dans le même coin, la plus grande plate-forme d’Amazon est installée à proximité pour tuer définitivement les librairies. Tout ceci contribue à faire de la France une caricature de l’Amérique. Nous perdons notre âme avec le consentement d’une majorité d’entre-nous, totalement conditionnée par la publicité.

Longue vie à CAP Satan et que tous les futurs clients aillent brûler leurs économies dans cet enfer commercial. Ceux qui ont autorisé cette aberration iront souffler sur les braises ou tendre la main, comme ils aiment à le faire. Pour ma part, ne comptez pas sur ma visite, j’ai bien trop de respect pour le diable pour en faire un vulgaire vendeur. Je compte sur lui pour aller griller les arpions de toutes ces canailles, elles le méritent bien !

Infernalement leur.

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